Décorateur ou architecte d’intérieur : quelle différence ?

Photographie par Anaïs Armand Pétrier

Vous vous questionnez sur la différence décorateur et architecte d’intérieur ? Pas étonnant ! La frontière est floue car il y a une réelle continuité entre rénovation, aménagement, et décoration. Rare sont les projets purement décoratifs ou purement architecturaux. Et si on se renseigne, on peut lire à peu près tout et son contraire à ce sujet…

Les premiers concernés, eux-mêmes, ne sont pas d’accord entre eux ! 

Il en va pourtant de votre sécurité matérielle, financière, et même physique. Il est donc important d’être averti et prudent pour faire le bon choix de professionnel.

Dans l’absolu, on pourrait définir le champ d’intervention de chacun comme ceci :

-Les missions de l’architecte d’intérieur :

  • Il conçoit des projets de rénovation sans limite de surface, ou de construction jusqu’à 150m² de surface plancher finale,
  • Ses projets impliquent des travaux soumis à garantie décennale : murs et cloisons, électricité, plomberie, chauffage, ventilation,…
  • Après la conception, il va vous aider dans la consultation des entreprises, puis organiser, coordonner, et suivre les travaux jusqu’à réception.

Pourtant certains architectes d’intérieur ne proposent que la conception de projet. Ils n’accompagnent pas la consultation des entreprises ni le chantier. Et beaucoup vous aident à meubler et décorer.

-Les missions du décorateur d’intérieur :

  • Conçoit des projets d’aménagement et décoration, sans limite de superficie, 
  • Ses projets n’impliquent que de légers travaux qui ne sont pas soumis à garantie décennale : peintures et papier peint, montage et installation de mobilier ou accessoires,
  • Il peut accompagner la réalisation du projet, depuis la mise en relation avec des artisans jusqu’à la mise en place finale.

Pourtant, certains décorateurs d’intérieur vous proposent de vous accompagner dans la rénovation de votre cuisine ou de votre salle de bain. Ce sont des pièces techniques soumises à des normes strictes, et ces travaux relèvent de la garantie décennale.

La réalité n’est donc pas si simple, et cela pour plusieurs raisons.

Décorateur et architecte d’intérieur : des métiers sans diplôme

Certaines formations sont listées au Répertoire National des Certifications Professionnelles. Cela indique que la qualité de leur contenu est contrôlée. Mais il n’existe pas de diplôme obligatoire. Il n’est pas nécessaire de suivre une formation reconnue au RNCP pour exercer. Il n’est pas obligatoire de suivre une formation : rien n’empêche légalement de s’installer sans aucune formation ni expérience,… même si le bon sens le déconseille fortement. 

Plus étonnant encore : certaines formations elles-mêmes participent à brouiller les lignes entre décoration et architecture d’intérieur ! Par exemple en abordant les normes et plans électriques, ou le suivi de chantier avec lots techniques, dans les formations en décoration d’intérieur… Les compétences, les services, et les méthodes sont donc variables d’un décorateur à l’autre et d’un architecte d’intérieur à l’autre.

-Décorateur et architecte d’intérieur : des professions non règlementées

Nulle part dans les textes de loi ne sont définies les qualifications ou missions de chacun de ces métiers. Leur champ d’exercice n’y est pas défini non plus. Rien ne vient établir ce que fait chacun d’eux, ni comment, et ce qui le rend compétent pour le faire. En conséquence aucune vérification des compétences et de l’expérience n’est prévue pour ouvrir son activité.

On retrouve de nombreux décorateurs ou architectes d’intérieur de renom à travers le monde qui n’ont pas de certification reconnue. Être autodidacte est donc tout a fait possible !

Si ces professions ne sont pas directement règlementées, elles sont bien soumises à un cadre légal, qui défend vos intérêts.

-Les obligations des décorateur et architectes d’intérieur, en tant qu’entrepreneur

En tant qu’entrepreneur ou entreprise, les deux professions ont des obligations envers vous. Celle de vous fournir des Conditions Générales de Vente qui cadrent votre collaboration est particulièrement importante. Les CGV précisent les services, délais d’exécution, tarifs, obligations respectives, conditions de rétractation ou encore annulation. Elles préviennent les litiges ou y apportent des solutions.

Ils ont aussi l’obligation de souscrire à un organisme médiateur de la consommation agréé. Ces organismes permettent de vous assister gratuitement dans une conciliation amiable en cas de litige. Cela vous évite donc le recours aux voies judiciaires.

Ces obligations sont indépendantes de leurs fonctions mais sont un premier niveau de garantie. Leur respect est aussi un indice du sérieux de l’entrepreneur ou entreprise que vous envisagez de solliciter.

-Les obligations des décorateur et architectes d’intérieur, en tant que « constructeurs »

Si le code civil ne mentionne pas ces professions, la loi Spinetta a tout de même permis de clarifier leurs responsabilités. Elle indique que toute personne missionnée pour concevoir, réaliser ou contrôler un ouvrage, est considéré comme constructeur de l’ouvrage. Les professionnels dont les prestations sont intellectuelles (ingénieurs, maîtres d’œuvre, architectes,…) sont bel et bien concernés. Il est imposé à ces professionnels « constructeurs » de souscrire à une assurance décennale.

Ainsi, aux yeux de la loi, peu importe l’intitulé choisi par un professionnel (puisqu’ils n’y figurent pas). Qu’il soit décorateur ou architecte d’intérieur, s’il participe au projet par ses prestations – même intellectuelles – il y engage sa responsabilité. En effet, une erreur de conception est susceptible de générer des dommages relevant de la garantie décennale. Les responsabilités peuvent alors être partagées entre le professionnel qui a conçu et celui qui a réalisé.

-Des obligations trop souvent méconnues

Les travaux soumis à décennale ne sont pas uniquement ceux touchant à la structure (fondations, murs, planchers, toiture) . C’est aussi ceux qui touchent à ses éléments indissociables (cloisons, carrelages, électricité, plomberie, chauffage, ventilation, menuiseries,…). Les décorateurs ne sont pas soumis à l’obligation d’assurance décennale du fait des projets qu’ils accompagnent. A contrario, l’architecte d’intérieur ne pourra pas exercer sans.

Mais nombreux sont les professionnels qui accompagnent des projets avec travaux, sans couverture décennale. Par manque d’encadrement des pratiques et donc d’information claire, de nombreux professionnels ignorent que l’assurance décennale est obligatoire. Elle l’est dès la conception du projet, même sans réaliser le suivi du chantier. Nombreux aussi sont ceux qui ignorent qu’elle s’étend aux lots techniques et pas uniquement aux travaux sur la structure. D’autres encore pensent que l’assurance des artisans suffit à protéger leurs clients.


Les métiers de décorateur et d’architecte d’intérieur ne sont pas strictement encadrés, ni contrôlées. Ces intitulés ne reflètent donc ni un diplôme, ni des connaissances, ni une expérience. Les compétences, les outils, et les pratiques, varient au sein même de ces professions dont les champs d’intervention se croisent.  

Si votre projet comprend des travaux (modification de murs, cloisons, plancher, plomberie, électricité, carrelages,…) vos prestataires doivent tous être couverts par une garantie décennale. Et ce pour la conception et/ou la réalisation du projet, selon leurs missions.

Si vous souhaitez simplement meubler et décorer votre intérieur, vous êtes plus libres. Vous pouvez vous tourner vers le décorateur ou l’architecte d’intérieur dont les prestations et le style correspondent à vos attentes !

Prêts à vous lancer ? Préparez votre premier rendez-vous avec ces 10 sujets à aborder avec votre futur décoratrice ou architecte d’intérieur.

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